YAOUNDE, UNE VILLE POUBELLE MALGRE LES EFFORTS DES COMMUNES

Malgré les multiples initiatives déployées par les autorités municipales, la ville de Yaoundé peine à se défaire de son image de « ville poubelle ». Les rues de la capitale camerounaise sont envahies par des montagnes de déchets, dégageant des odeurs nauséabondes et mettant à mal la salubrité publique. Cette situation préoccupante soulève de nombreuses interrogations quant à l’efficacité des mesures prises par les communes pour assurer une gestion optimale des ordures ménagères.
Depuis plusieurs années, la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY) multiplie les efforts pour améliorer la collecte et le traitement des déchets. Des contrats ont été signés avec des entreprises spécialisées dans la gestion des ordures, et des campagnes de sensibilisation sont régulièrement menées auprès des habitants. Pourtant, ces efforts semblent largement insuffisants face à l’ampleur du problème.
Des camions-bennes sont déployés quotidiennement dans les sept arrondissements de la ville pour assurer la collecte des déchets. Cependant, la fréquence des ramassages reste irrégulière, provoquant l’accumulation de détritus dans les quartiers populaires comme Nkolndongo, Mvog-Mbi ou encore Essos. Certains habitants dénoncent des zones où les ordures ne sont ramassées qu’une fois par semaine, laissant les tas d’immondices s’amonceler dangereusement.
« Les camions passent de manière aléatoire. Il nous arrive de rester une semaine entière sans voir le camion de ramassage. Les ordures s’accumulent, les mouches envahissent nos maisons, et l’odeur devient insupportable », témoigne Jean-Marie, un habitant de Mvog-Mbi.
L'un des problèmes majeurs réside dans le traitement des déchets. La décharge de Nkolfoulou, située à une quinzaine de kilomètres du centre-ville, est régulièrement saturée. Cette situation entraîne un ralentissement du processus de collecte, les camions de ramassage devant parfois faire la queue pendant plusieurs heures avant de pouvoir décharger leur cargaison.
Au-delà des insuffisances infrastructurelles, le comportement des habitants aggrave également la situation. De nombreux citoyens continuent de jeter leurs ordures dans les caniveaux, le long des rues ou dans les marchés. Le phénomène des décharges sauvages prend de l’ampleur, malgré les sanctions prévues par le code municipal.
« Les habitants eux-mêmes sont en partie responsables. Certains jettent leurs déchets ménagers n’importe où, sans se soucier des conséquences sur la santé publique. Il faudrait une campagne de sensibilisation plus agressive », affirme Thérèse, une commerçante du marché Mokolo.
En outre, le tri sélectif reste quasi inexistant à Yaoundé, ce qui complique davantage le travail des services de collecte. Les ordures ménagères, les plastiques, le verre et les déchets organiques sont souvent mélangés, rendant le processus de recyclage difficile et coûteux.
La prolifération des déchets dans les rues de Yaoundé a des conséquences sanitaires alarmantes. Les tas d’ordures en décomposition attirent rats, cafards et moustiques, favorisant la propagation de maladies comme le paludisme, la typhoïde et le choléra.
D’un point de vue environnemental, les conséquences sont également lourdes. Les caniveaux obstrués par les déchets provoquent régulièrement des inondations lors de la saison des pluies. Les plastiques non biodégradables finissent dans les cours d’eau, menaçant la faune et la flore locales.
Face à cette situation critique, plusieurs pistes sont envisagées par les autorités :
Augmentation du nombre de camions-bennes : La Communauté urbaine de Yaoundé envisage d’acquérir une trentaine de nouveaux camions pour améliorer la fréquence de collecte.
Création de nouvelles infrastructures de traitement : Un projet de centre de traitement des déchets modernes est en discussion, avec l’appui de partenaires internationaux. Renforcement des campagnes de sensibilisation : Les autorités municipales comptent intensifier les actions de sensibilisation auprès des populations, en mettant l’accent sur le tri sélectif et le respect des consignes de propreté. Application stricte des sanctions : Des amendes plus lourdes pourraient être appliquées aux habitants et commerçants qui ne respectent pas les règles de gestion des déchets.
Pour que Yaoundé cesse d’être une « ville poubelle », une prise de conscience collective est nécessaire. Si les autorités municipales doivent améliorer l’efficacité du ramassage et du traitement des déchets, les habitants doivent également jouer leur rôle en adoptant des comportements responsables.
En attendant, les tas d’ordures continuent de s’amonceler dans les rues de la capitale, ternissant l’image de Yaoundé et posant un véritable défi à la salubrité publique.
Brice Bernard Ndjongo